David Eloy Rodríguez: “Le succès et la victoire ne sont que des formes du malentendu”
This post is also available in: Catalan Spanish Italian Portuguese
L’écrivain David Eloy Rodríguez, 31, se tient pour un homme “du sud” et “de son temps ; il ne saurait être autrement”. Avec trois recueils de poèmes sur le marché et toute une batterie d’initiatives autour de la poésie, l'action culturelle et la polipoésie, il vient de s’embarquer dans une nouvelle aventure dans l’univers de la littérature et de la création, en inaugirant, avec son inséparable ami et poète José María Gómez Valero, la maison d’édition indépendante Libros de la Herida (Livres de la Blessure). Un projet “qui a pour vocation ne pas avoir d’avenir”, comme il se plait à souligner, tout en laissant –sans le verbaliser- la porte ouverte à cette opiniâtre volonté de survivre que comporte tout ce que l’on considère provisionnel. “Avec Libros de la Herida nous prétendons, sans perdre le respect dû au métier d’éditeur, vivre le monde du Livre depuis un angle différent à celui que nous étions habitués, en le concevant plutôt comme un objet, pour continuer d'apprendre”.CHICAGO FARENHEIT
Là dehors la ville s’étouffe
au milieu d’une vague de chaleur
sans précédent, dit-on.
Je vois la chaleur. Fumée.
Et je pressens ses pas
et je l’écoute
à travers les vitres
d’une bibliothèque réfrigérée
de la ville de Chicago.
Chrauf (1996) reste son premier recueil de poésies –lui valant le Prix de poésie de l’Université de Séville-. Plus tard, parmi d’autres prix et colaborations dans des œuvres collectives et revues spécialisées, il publiera Miedo de ser Escarcha (2000) et Asombros (2006). Entre temps, il continue de diriger des ateliers de création littéraire, de concevoir et de représenter dans toute l’Espagne des spectacles de poésie scénique et musicale arrivant jusqu’à enregistrer un disque avec le Circo de la Palabra Itinerante, duquel el fait partie: une expérience de poésie et musique en groupe que nous venons de mettre en jachère après une décennie d’activité, justement pour plonger dans d’autres histoires et créations polipoétiques. “J’ai toujours voulu mettre ensemble les diverses formes d’expression de la parole poétique actionnée [scène, musique, performance], aller à la recherche de nouveaux chemins d’expression dans la tradition pour innover et mieux trouver les lecteurs ; ceci dit, pas conçus comme des simples récepteurs de texte, mais plutôt comme des complices, comme des amis,des camarades dans la vie”. Des amis qu’il trouve partout où il va, mais notamment en Catalogne, une des régions pionnières par rapport à la création polipoétique, et où son disque Arte a la idea à cueilli d’avantage de succès. Une pièce corale repue d’irréverence et d’amitié insoumise. Elle est bizarre
la fleur qui fleurit sur ton balcon :
elle surgit, belle et fragile,
entre les barreaux ;
c’est la seule dans ta rue ;
c’est l’hiver.
Depuis sa base d’opérations dans le typique quartier de la Alameda de Hércules, à Séville, traditionnel voisinage sylvestre encore hanté de personnages du deep south, voyous à la recherche d’un Eldorado nocturne, de putes et d’étudiants tous à la chasse les uns des autres dans les bars ou sur les bancs des rues, ce poète né à Cacéres (Extramadoure) et sévillan d'adoption, projette urbi et orbe sa passion pour le présent, pour sa bande de potes et pour tous les perdants de la planète. Mais voyons, elle n’est pas déjà trop vue cette pose du poète engagé avec les parias du monde? “Mais comment ne pas se fixer sur les perdants!”, contre-attaque-t-il. “Les perdants c’est la majorité partout. Nous sommes tous des perdants en quelque sorte, mais malheureusement il y a des cons qui ne l’assument pas, voire qui le nient. Le succès, la victoire et la renommée ne sont que des formes du malentendu et de l’injustice. Ce n’est pas que je veuille me poser en porte-parole des perdants du monde, mais il me semble plus juste confronter l’existence d’un conflit plutôt que de la nier ; ceux qui admettent leur défaite m’intéressent bien plus”.Quand la vie est une prison
tu es un whisky dans la prison.
Quand la vie est une prison
tu es le soleil derrière la fenêtre,
portes ouvertes.
Derrière ses yeux de marmotte encore endormie et son sourire heureux de chat de Cheshire –ceci étant sans goguenasrdise-, David Eloy Rodríguez représente sûrement un des poètes les plus actifs des jeunes lettres espagnoles et une de ses voix les plus singulières, grace à sa particulière vision de la poésie et de l’existence comme un conflit qu’il est nécessaire aborder “depuis la réflexion et vers l’action”.ILS ONT DIT
Ils ont dit : “à partir d’ici plus jamais.
Mais nous on continuait de voir
LE MÊME FLEUVE SALE.
Les poèmes de David Eloy Rodríguez sont pleins de ville et de villes. Prague, Chicago, Barcelone, Berlin ou Lyon, sont quelques uns des arrêts officiels contenus dans ses vers, des artères dans lesquelles il fait circuler son iconographie urbaine si personnelle et combinée de sentimentalisme comique et autodérisoire inavoué selon la technique du clown. Il insiste sur le fait que son écriture “est un exercice de connaissance de la réalité, une recherche” pour amasser ses expériences. “Chacun écrit de l'expérience vécue et rêvée, et mon expérience vitale s'est toujours passée dans la ville en tant qu'estpace symbolique et dans un sens vaste”, explique-t-il. “Et je note, en tout cas, que les villes sont les expériences que nous avons eu et rêvé en elles, et non pas ses monuments”, voilà pourquoi dans ses vers on trouvera surtout des ambiances de villes, au lieu de de détails typiques ou des adresses reconnaissables. Naturellement, si j'habitais dans la campagne, “ma poésie serait tout autre”, assume-t-il tout en se plaignant qu'en Espagne on ait infravalorisé la poésie d'expérience rurale. “Cela me surprend beaucoup”, raisonne-t-il, “qu'on soit presque tous enfants des émigrés du monde rural vers les villes et que pourtant on ait ignoré le monde rural. C'est une erreur”, croit-il, “que de penser que seulement ce qui est urbain est actuel.”J’ai les entrailles ailleurs.
Le soleil s’est levé quelque part,
mais je n’y étais pas.
Il y avait une belle fontaine et des lumières
et une femme au tranchant de fil de fer
et à la bouche d’alouette sur la pelouse,
J’ai passé toute ma vie à oublier.
Je pense que c’est déjà quelque chose que de se l’avouer.
“Je suis David, et je suis anonyme,
et j’ai passé toute ma vie à oublier.”
Ensuite tu es arrivée, et ça c’est une autre histoire,
et puis maintenant tout cela n’a rien de drôle.
J’ai lu Les Indes Noires et La Tulipe Noire,
même si à présent je ne me souviens de rien.
Oublier c’est la merde.
Je pense pouvoir aller à votre encontre
parce que j’oublie,
et parce que je continue d’ignorer
qui diable vous êtes et à quoi
vous êtes venus.
Nous avons tous fuit de chez nous et nous avons contemplé
un hiver triste et compliqué.
Nous avons sorti la tête par dessus les toits
et nous n’avons cru voir que
du fer blanc et des terrasses dénudées.
C’étaient des temps difficiles,
Je te le raconterai comme s’il s’agissait d’un conte
Tout ce que nous étions brûlera
et ce sera beau de voir comment nous ne fûmes
que toutes ces choses-là que nous avons oublié.
J’espère qu’on retrouvera alors
mon corps sur les rochers.
Rendez-moi à l’océan finalement,
et de la douleur de la chute
faites un paradis
C’était si tendre que de rester seul
à côté de nous!
Le bruit terrible de la nuit
sur les châteaux,
les orages dans les champs,
le mois d’août dans les oublis,
les villes inconnues
puis la fuite interminable des amants dans les salles de cinéma.
Ce qui peut surprendre le plus de David Eloy Rodríguez, c'est que, en se sentant si confortablement dans son jeux de symboles urbains, il ait décidé de rester depuis 15 ans dans une ville aussi extraradiale et attachée au monde rural comme Séville. Une ville aimable et conviviale, selon lui, à deuxs pas de Cadix –son petit coin-paradis à lui- et à rien –maintenant que les low-cost sont paretout- de Barcelone, Paris et le reste du continent. “C'est aussi”, insiste-t-il, “une ville qui me permet de respirer, de vivre, de faire et rester à la marge de l'industrie culturelle en même temps que d'apporter ce que j'ai à apporter à la littérature”. Nonobstant, ils plus probable que la vraie motivation pour qu'il reste dans cette ville sudiste soit le fait d'avoir trouvé là quelques uns de ses “camarades de voyage les plus chéris”. Notamment José María Gómez Valero, un autre poète par dessus la norme dans la nouvelle scène espagnole, avec qui il forme –dans l'univers de la poésie- un couple comme les fameux Costus ou les Pierre et Gilles dans les arts plastiques, ou les frères Cohen dans le cinéma, si bien nos poètes seulement dans le plan créatif.La sincérité c’est la douleur.
Dénudés, sous la pluie,
tels des anges vagabonds
implorant au ciel
de nous oublier.
Nous sommes blessés
par des griffures de désir,
par la fragilité de l’air
En 1996, il publie son premier ouvrage, Chrauf: le recueil d'un jeune avec air de chenapan qui choisit d'offrir au monde en échange ses tripes sans en épargner ses misères et une certaine nécessité de rédemption de ses passions à travers l'étonnement et la joie de vivre. Il s'agit d'un livre rempli de rafales très pointues d'ironie et d'empathie à pelletées égales, “qu'aujourd'hui”, avoue son auteur, “quand je le relis, me fait éprouver de la jalousie pour celui qui l'écrivit, pour son courage verbal et expérienciel, pour ses désirs,que je ne saurais pas toujours reproduire. C'est comme si j'avais été en forêt vierge à la chasse de l'éléphant et aujourd'hui je feuilletais l'album de photos et me voilà là en train de chasser des éléphants.” ¿Mais que veut dire Chrauf? Rien. C'est un mot sans signifié, une parole impossible, comme le bruit que j'imagine d'un corps qui s'évapore. “À 18 ans, quand j'ai écris ce recueil, on peut tout se permettre. C'est comme une invocation.” Ses pages son remplies de présences, de compagnie, de silouettes convoquées comme pour les disposer pour un règlement de comptes, ou les asseoir à la table des requins et qui aboutit avec tout le monde gavé d'affection et de baisers, dont le point culminant c'est son long poème intitulé Dévoués, son particulier poema de los dones à lui, bondé d'hommages à la beauté de tout ce qui semble désorienté et de ceux qui semblent désorientés.
Et qu’encore le Chase Manhattan Bank
a fixé le prix de la tête
du Grand Sous-commandant Marcos
parce-qu’il est pauvre et qu’il sait trop
d’un russe qui est tombé avec le mur,
et s’engageait à demander du pain
entouré d’une poignée de sauvages,
et qu’encore les zapatistes (s’il arrive qu’il en reste
quand tu lises ça) montreront leur tête
criblée par dessous les chars blindés,
en ignorant –il faut être hérétique,
il faut être pauvre, il faut être hipersousdévelopé
les paroles du prophète Jérémie
lorsqu’il dit “ayez confiance en Dieu
mais point aux hommes”,
et qu’encore le Chase Manhattan Bank
se compose de gens
qui ont pris des Kellog’s avec de l’argent au petit déjeuner
et de l’air pourri en même temps qu’ils tapaient
de l’ordinateur de leur terrasse
en regardant leurs blocus
d’individus sans jardin,
sans poste fixe, sans démarcation
aisée classe moyenne moyenne inférieure
moyenne moyenne moyenne supérieure,
sans chiens vaccinés et avec
psychanaliste cher et psychanalisé,
sans journaux aussi vides
que le goudron stable
sous leur ressources,
sans voiture lancée vers l’indifférence
et sans deux simples option démocratiques
DÉVOUÉS
dévoué au tigre
qui me dévore d’une étreinte
dévoué au temps qui passe
par dessus nous
comme le voyageur qui visite
la chambre de son enfance,
dévoué aux fleurs
inutiles des parcs
et à la douleur des cristaux
fragiles de la mélancolie,
à coups de pierre contre nous.
dévoué aux hôtels
dans lesquels je ne me suis pas rendu
accompagné d’une jeune à la ceinture
parfumée de romance
qui n’attendait pas mon retour,
dévoué à la cruauté de la procédure inutile
des pleurs
qui n’arrivent pas par satellite
dévoué à la jeune fille
aux genoux ensanglantés
et couverts de boue,
aux lettres de Prague,
au sud de tous les endroits,
à l’usure, à la rupture,
aux lettres de n’importe où,
aux vaisseaux, au vin abstème
qui revient avec ton souvenir,
absurde comme la lumière obscure
des cinémas où s’embrassent
dévoué aux coins des rues,
aux bords de mer,
au journal d’espoirs
que je rédige constamment
et où je ne figure pas.
dévoué à un adieu
qui parcourt la poitrine des oiseaux
d’air en air
nostalgiques de l’équinoxe,
dévoué aux rails
sur lesquels circulent
les éléphants ambitieux
de forêt vierge et de sourire,
dévoué au vent qui portera
dans de nombreux voeux,
dévoué au bal sans rythme
que nous dansons chaque nuit
dévoué à celui qui m’aima
parce-que je me vois obligé à lui demander
pardon sur quelque sujet,
dévoué à toutes ces soirées
parce-qu’elles perdent presque tout
emmêlé dans tes cheveux
dévoué à l’apprentissage de mots dans ta langue
qui est celle du silence
que les planètes ne comprennent pas
parce-qu’ils se sont trompés
ils ne comprennent pas
dévoué à un mot plein de poissons
et à la phrase nette dans les radiateurs
dévoué à la mer gisante
dans le coup brusque des battements
dévoué à marcher, marcher sur la terre fraîche
et sur des pages de livres
dans des villes submergées,
dévoué aux châteaux
que je me suis engagé à chercher
malgré les prévisions nuageuses,
aux lignes sans définition
des téléviseurs en panne,
aux dépanneurs d’étoiles
et de dimanches
lourdement reclus les lundis
dans les bars où il ne reste de la place
que pour la tristesse.
dévoué à une heure
en train de regarder l’horloge invisible
de mon corps
auquel il fait si longtemps que je ne réfléchis pas
puis pas besoin
sauf pour que tu me voies
les doigts tachés d’encre et d’illusions.
Au tournant du nouveau siècle et après lui avoir été décerné le prestigieux prix Surcos de Poesía, il se décida à publier Miedo de ser escarcha. Un recueil très différent du premier et dans la morphologie des textes et dans la liqueur dentée distillée dans certains poèmes qui annoncent un militantisme plus accentué, plus organisé en faveur de cette “pelouse entre les pavés”, en témoignant de la douleur commune contre les simulations et les pouvoirs qui soutiennent cette simulation. Ses poèmes sont courts et d'un ton âpre. Très directs. “Non pas parce que j'aie renié des poèmes longs, mais parce que ces poèmes courts nous convoquent très rapidement”, explique-t-il, “et restent après à bouillir très longtemps dans nous”.
MARAT – SADE, 1998
Le problème maintenant
c’est qu’il y a beaucoup de surveillants
et peu de fous.
Le problème maintenant
c’est que la cage est
à l’intérieur de l’oiseau.
LE CARTOGRAPHE III
Il se baignait heureux dans les fleuves
des planisphères,
dans les noms des fleuves
des planisphères.
Il savait ce qu’était un fleuve, comment c’était,
à quoi cela ressemblait-il.
Mais jamais, jamais,
il s’était mouillé dans un fleuve.
BUVEURS
Le buveur de sang,
le buveur de nuits,
le buveur de mousse de femme.
Celui qui clôt les bars,
celui qui les ouvre.
Celui qui ne renonce à rien,
celui qui épuise la vie
jusqu’à ce qu’elle blesse, et elle blesse.
Le fou, le saint, le sage,
le premier buveur,
celui qui reste tout seul :
celui qui boit.
“Je ne comprends pas pourquoi depuis l'Académie on méprise tout ce qui est comique dans la poésie. Le sens de l'humour c'est ce qui reste à la fin, au bout des siècles: La Celestina, El Lazarillo de Tormes, Don Quijote, tout Quevedo, etc.. Ceci dit”, previent-il, “je ne recherche pas une poésie cynique. Je n'aime pas me remuer dans la violence de l'amertume défaitiste. La poésie n'est pas un exercice d'autosoulagement, mais une manette pour permettre la réflexion et l'action, et ceci est incompatible avec l'autosoulagement”, il explique.
À RAS DE CIEL
Après un long fléau
qui ne les acheva pas tous.
Après une nuit obscure,
un ciel abrupt,
un air féroce,
un fléau vorace
qui ne les acheva pas tous,
les arbres qui restaient,
aux racines mélancoliques,
levèrent les poings
emplis de vent.
Après la publication en 2006 de son troisième recueil, Asombros, élaboré en dialogue avec le peintre Miki Leal, David Eloy Rodríguez surgit comme un poète consacré dont les textes ont été repris, entre temps, pour des chansons du chanteur Iván Mariscal ou dans de nombreuses compilations espagnoles et latinoaméricaines, la plus récente étant Once poetas críticos en la poesía española reciente, en 2007, une antologie dirigée par le poète de Valence Enrique Falcón. Des plans d'avenir? “Écrire. Sans plan ni pressions. Ma relation avec l'avenir est insignifiante. Dans la mesure où je le vaux, je procure de perdre le respet pour l'avenir, de ne point le considérer: souvent, l'avenir sert à faire peur, et moi je préfère me concentrer à gagner mon présent.”
Jamais nous n’avons été des héros.
Nous ne serons pas des héros.
Enfants de losers
la défaite dans les veines.
Soldats sans gloire
en territoire ennemi,
se léchant les mêmes blessures,
appliquant les mêmes remèdes.
Enfants qui lancent des pierres
contre les trains.
Baleines harponnées
prêtes à résister.
Allonge toi sur le sol.
Regarde le ciel.
Ne bouge pas.
Ne respire pas.
Tu verras vite
planer
les vautours.
Un auteur espagnol: José María Gómez ValeroUn recueil de poèmes: Todas las Puertas abiertas (Pedro del Pozo)
Un auteur en langue non castillane: Rilke
Un bouquin en langue non castillane: tous ceux de Rimbaud
Une écrivaine en castillan: Isabel Escudero
Une écrivaine en langue non castillane: Emily Dickinson
Une ville à laquelle échapper: Buenos Aires
Una actrice de cinéma: Emmanuelle Béart
Un acteur de cinéma: Marlon Brando
Une langue que tu voudrais apprendre: toutes
Un pays européen duquel tu te méfies: l'Autriche
Le plus grand inconvénient de la construction européenne: Que les priorités soient les intérêts du capital
Le plus grand avantage de la construction européenne: Ça rapproche les gens
Un personnage historique qui t'ait impressionné: Gandhi
Un personnage actuel qui t'impressionne: Agustín García Calvo
Une réforma politique urgente: celle du revenu basique universel
Une librairie: La Fuga (Séville)
Un bar: Las Sirenas (Séville)
Le métropolitain qui te plaise le plus: celui de Barcelone
Une ville que tu detestes: je ne me vante pas de détester
Un tableau qu'emporter chez toi: Tous ceux de Francis Bacon
Un groupe de musique: The Doors
Un film: Themroc (Claude Faraldo)
Un épisode militaire que tu admires: aucun
Ton plat préféré: Macaronni sauce tomate
Un nom de femmes que tu te répètes souvent: Mon avocat m'interdit de répondre à cette question
Ce que tu voudrais oublier mais tu ne peux pas: “Seul une chose n'existe pas, et c'est l'oubli” (Jorge Luís Borges)
TOMBÉE DE LA NUIT
Il existe un conte d’Asimov qui parle
d’une planète avec deux soleils
où jamais il ne faisait nuit
sauf une fois tous les mille ans.
C’est alors que tous, ensorcelés,
devenaient complètement fous.
Ainsi la vie.
Quand on arrive au petit matin à une ville,
par exemple à une station d’essence dans la banlieue
de cette grande ville, disons que Berlin,
ou Lyon, ou Barcelone,
et nous ne possédons qu’un numéro de téléphone,
et il est 3h A.M.
-un numéro de téléphone,
un foyer, un amour, tout,
à la merci d’un fil macabre,
d’un numéro de téléphone de sept chiffres-
et on ne sait pas où on se trouve,
et on a sommeil, tant de sommeil,
et peu d’espoir,
seulement un numéro de téléphone
et envie de prier,
alors
la cabine téléphonique
devient le Phare d’Alexandrie,
la foudre qui pénètre l’orage,
la seule compagnie,
une amante cruelle,
mais au moins une amante,
si lumineuse et chaleureuse
dans la nuit redoutable,
dans la nuit obscure,
interminable.
LES VOYAGEURS
Comme on regrette les voyageurs !
À peine sont-ils partis,
et il est déjà trop tard.
Crédits: Photos David Eloy Rodríguez (Pepo Herrera); Photo Bibliothèque publique à Chicago (drdrewhonolulu/Flickr); photo Colonnes de la Alameda de Hércules (darkimp_666/Flickr); photo Vue de Prague (Xavier Hervás); photo de Buenos Aires (dbuc/Flickr); photo Macaronni sauce tomate (ibán/Flickr)